Dans quel but Dieu créa l'Univers et l'Homme ???
C'est là la grande question... C'est un concept qui se marie d'ailleurs très bien avec la Kabbale et que l'on appelle la "Maassé Béreshith" ("l'Œuvre du Commencement") "Maassé" () signifiant "œuvre" et "Béreshith" (, "au commencement") étant le premier mot de la Bible.
C'est là la grande recherche des maîtres de la Tradition, avant même d'être celle des kabbalistes. Pourquoi le monde a-t-il été créé et pourquoi sommes-nous là ?
Les kabbalistes ont donné, notamment avec Isaac Louria et l'école de Safed, en Haute-Galilée, une version de la création assez originale et intéressante. Ainsi, pour Isaac Louria, Dieu a créé le monde pour se purifier ce qui requiert évidemment quelques explications. Dans un premier temps, Dieu, pour les kabbalistes, est "Ein", qui signifie "rien", "néant" on ne sait pas de quoi il s'agit. Et même ce "Ein" Lui-même ne sait pas ce qu'Il est, ce qu'Il représente. Isaac Louria explique alors que par un acte de libre volonté, ce "Ein" va se retirer, se concentrer, et créer un espace vide où Il n'est pas.
Ainsi, pour déterminer ce qu'Il est, Il va déterminer ce qu'Il n'est pas. Et ça, ça s'appelle "Ein Sof", l'"Infini". Sa Lumière va ensuite remplir cet infini et le processus entier de création va se mettre en place. La raison en est la suivante : c'est le mouvement et la vie qui priment.
Pour les kabbalistes, ce qui est pur, c'est ce qui est vivant le fait de se remettre en question en permanence, d'évoluer et ce qui est impur, c'est ce qui n'évolue plus, qui est figé, mort, et qui ne peut plus poser de questions. Et dans un premier temps, lorsque Dieu cherche qui Il est, Il va finir par trouver Son point d'équilibre, Sa véritable identité, Son point d'unité.
Et en faisant cela, Il est en quête de perfection. La quête de perfection est un acte pur, mais le fait d'arriver à la perfection et de s'installer dans la perfection devient un état impur parce que, dans ce cas, on n'évolue plus, on est figé, on ne se remet plus en question il n'y a pas de vie.
C'est pour cela que j'ai dit tout à l'heure que ce qui est intéressant pour les kabbalistes, ce n'est pas le but, mais le chemin qui nous mène, car le chemin est plein de vie, plein de questionnements. Une fois le but atteint, c'est fini ; on s'ennuie et on meurt de son ennui. Eh bien, Dieu va se retrouver dans cette même situation à savoir que par Sa perfection, Il est perdu. Alors, pour qu'il y ait mouvement permanent, Il va lancer un processus de création et se projeter dans Ses créatures.
On passe alors dans ce que l'on appelle le Grand Visage et le Petit Visage de Dieu. Le Grand Visage de Dieu est le visage où Dieu se pense Lui-même ; Il est en expansion permanente, Il n'a pas de limites, pas de contraintes. Seulement, Il peut se retrouver dans un état figé de béatitude et de plénitude. Il va donc produire un Petit Visage, précis, court, réduit, soumis à l'espace, et c'est là que se trouvent toutes les créatures c'est là que nous nous trouvons.
Isaac Louria affirme donc que Dieu a créé le monde pour que celui-ci Lui renvoie en permanence une nouvelle image qui maintienne un mouvement lui permettant de se purifier. Ainsi, les doutes que l'on a sur Dieu, les différentes croyances et religions, le fait même de ne pas y croire, etc. font qu'à chaque seconde de nouvelles images sont créées ; et donc, à chaque fois que le Grand Visage contemple le Petit Visage, celui-ci Lui donne une nouvelle image de Lui-même. Il s'agit là d'un paradoxe, mais le Zohar nous apprend que si le Grand Visage arrête de penser au petit Visage, celui-ci disparaît ; et de la même manière, si le Petit Visage c'est-à-dire les créatures arrête de penser au Grand Visage, celui-ci disparaît aussi.
Par conséquent, en créant le monde, Dieu s'est auto-créé Lui-même, et Il s'auto-purifie et s'auto-engendre en permanence. Et chaque fois qu'on Lui offre une nouvelle image, on Lui accorde une survie. C'est un concept très particulier, qui fait que les kabbalistes sont souvent en opposition avec l'image fixe que les religieux donnent de Dieu. Si l'on poursuit cette réflexion plus loin, on peut dire que toutes les religions, toutes les philosophies, tous les courants de pensée sont un bien pour entretenir la vie.
Et cette notion va s'appliquer à chacun de nous. En effet, le Zohar dit que si quelqu'un ne se voit plus dans un miroir, cela annonce sa mort. Bien sûr, tout le monde se voit dans un miroir ; mais la question que le Zohar, pose, en fait, c'est : « Est-ce que ce matin, en me levant, je vois quelqu'un de nouveau dans le miroir, ou est-ce que je vois toujours la même image figée de quelqu'un qui n'évolue pas ? » Et si effectivement, je ne vois rien de nouveau dans le miroir, je suis en état de mort potentielle, et donc d'impureté. En fait, nous nous maintenons en vie mutuellement. C'est peut-être pour cela que lorsque nous nous rencontrons, nous disons : « Ca va ? ». C'est en quelque sorte une façon de sauver la vie de l'autre, en lui envoyant une nouvelle image ; et nous attendons que l'autre nous envoie une nouvelle image de nous-même pour nous sauver la vie aussi. Voilà le concept. On regroupe ainsi toutes les notions de Bien, de Mal, de Dieu, d'équilibre, etc. (suite et fin)
Georges Lahy Virya source :http://www.france-spiritualites.com/entrevue-virya-georges-lahy-kabbale-2.htm
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