Les 22 lettres-consonnes de l'alphabet hébreu ont une valeur numérique, et elles traduisent « la réalité ontologique ».
On fera remarquer, après René Guénon, que les mots qabbalah, Kabbale en hébreu, et qibla, qui désigne l'orientation rituelle, en arabe, ont la même racine Q B L ainsi d'ailleurs que la même orthographe.
Par ailleurs, du fait de leur valeur numérique des consonnes, « des mots de consonnes différentes, mais de valeurs correspondantes, possèdent un radical ontologique identique ».
Cette singularité de l'alphabet hébreu fera dire à A-D Grad : « On ne conçoit d'ailleurs pas d'autre langue idéale, où la différence entre l'Homme (Adam : Aleph-Daleth-Mem, soit 1+4+40+45) et la Femme (Havah - Heth -Vav - Hé, soit 8+6+5 = 19) peut donner le nombre de Yahweh, c'est-à-dire 26 (45-19=26) ».
A partir de l'alphabet hébreu, Les kabbalistes ont donc développé une véritable science des lettres, qui repose sur des combinaisons multiples et divers procédés, dont la guématrie, qui consiste à comparer deux mots de même valeur numérale.
Il existe d'autres procédés (plus de 70) dont les plus connus sont la notarique qui isole les lettres d'un mot et les confronte à d'autres mots, - exemple Adam (Alef, Dalet et Mem) et Abraham, Dawid, Messiah - et encore la thémourie qui consiste à substituer à une lettre la lettre qui suit immédiatement « il faut un « langage en mouvement » pour un « homme en mouvement ».
Textes chiffrés : Les kabbalistes opèrent sur des textes chiffrés tous tirés de l'Ancien Testament, qui reste le seul document traditionnel non tronqué à l'exception notoire du saint Coran.
Ils privilégient le Livre de la Genèse, et le Livre d'Ezéchiel. Mais aussi le premier chapitre du Livre de la Genèse, et le premier verset qui « contient déjà tout le Livre », et le premier mot qui, lui-même « contient le premier verset ». « Et la première lettre du premier mot, beith, de valeur numérique 2, renferme à elle-seule toute une cosmogonie ».
Autre livre d'une égale importance pour les kabbalistes : Le Cantique des Cantiques : « De tous les cantiques qui existent, dit le Zohar, aucun n'est aussi agréable au Saint Béni soit-il, que le Cantiques des Cantiques ». Il est dit également qu'il renferme « tout ce qui existe, tout ce qui a existé, tout ce qui existera » et aussi que « tous les événements qui se passeront au septième millénaire, qui est le Sabbat du Seigneur », s'y trouvent résumés.
La gématrie (ou guématrie) est l'une des trois méthodes de lecture des textes sacrés rédigés en hébreu. Elle permet de rapprocher des mots dont la somme des lettres qui les composent est identique. Ce procédé est possible car, en hébreu, il n'existe pas de chiffres et chaque lettre de l'alphabet est associée à un nombre. On distingue trois façons d'associer une valeur à une lettre :
- la gématrie par rang : chaque lettre a la valeur du rang qu'elle occupe (aleph vaut 1, vav vaut 6, ...)
- la gématrie classique : même principe que la gématrie par rang jusqu'à la dixième lettre, les lettres qui suivent valent 20, 30, etc (beth vaut 2, lamed vaut 30, shin vaut 300, ...)
- la gématrie carrée : chaque lettre vaut le nombre donné par la gématrie classique mais élevé au carré (beth vaut 4, yod vaut 100, ...)
Le tableau suivant montre les valeurs associées à chaque lettre de l'alphabet hébreu d'après la gématrie classique. Certaines lettres ont deux valeurs suivant qu'elles se situent à l'intérieur d'un mot ou à la fin de celui-ci. Parfois la valeur d'une lettre finale n'est pas prise en compte, on utilise alors sa valeur normale.
La gématrie n'est pas une machine à démontrer. C'est un outil pour relativiser la façon dont on perçoit la signification d'un texte. Les dérives de la gématrie sont hélas fort nombreuses : elle est assénée comme "preuve irréfutable" de théories farfelues, elle est utilisée avec n'importe quelle langue alors que, il faut le rappeler, elle est directement liée aux particularités de l'hébreu. Même si certains auteurs considèrent qu'elle peut être appliquée au grec ancien, son emploi pour d'autres alphabets semble pour le moins boiteux et artificiel. Les rapprochements effectués par la gématrie doivent évidemment être soumis au sens critique. Des personnes n'hésitent pas à écrire que "désirs" (en français...) vaut 666 comme le nombre de la bête dans l'Apocalypse de Saint Jean et concluent alors que "les désirs c'est pas bien" ! Nul doute qu'il est possible de trouver le nom d'une belle-mère dont la somme des lettres vaut 666, faudra-t-il pour autant l'assommer...?
NotarikonLe notarikon est un deuxième procédé de lecture des textes sacrés. Il consiste à interpréter chaque lettre d'un mot comme l'abréviation d'une phrase entière (principe du sigle ou de l'acronyme). Le titre du livre-clé de la Kabbale, le Zohar, qui s'écrit Zayin, Hé, Resh est généralement traduit par "Splendeur". Il peut être considéré comme l'acronyme de la phrase suivante : "Zeh Ha Reshit" qui signifie "voici le début". L'apparente simplicité d'un mot peut dévoiler, grâce au notarikon, des ressorts subtils. Notons que, contrairement à la gématrie, le notarikon s'applique aisément à d'autres langues.
TémouraLa témoura est un troisième procédé de lecture fréquemment utilisé par les kabbalistes. Il consiste à permuter les lettres d'un mot selon des règles précises (principe de l'anagramme). L'application de ce principe au premier mot de la Genèse "Bereshit" (au commencement) fournit un exemple frappant de l'usage de la témoura. Bereshit s'écrit Beth, Resh, Aleph, Shin, Yod, Tav. Bereshit c'est aussi Berit-Esh (Beth, Resh, Yod, Tav - Aleph, Shin) qui signifie "Alliance du feu". La Genèse est-elle le trait d'union avec les anciens cultes solaires ? En tout cas, la témoura nous montre qu'avant le ciel, la terre et les eaux, le feu, déjà, se manifestait.
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